Skip to main content

Full text of "Mémoire comparatif sur l'histoire naturelle de l'insecte de la gale"

See other formats


SUR  L’HISTOIRE  NATURELLE 


DE 

L’INSECTE  DE  LA  GALE. 


De  temps  immémorial,  les  habitans  des  contrées  méridionales  de 
1 burope  ont  reconnu  l’existence  d un  insecte,  d’un  pou  particulier  à 
Ja  maladie  de  la  gale  * les  femmes  du  peuple  de  ces  pays  savent  l’ex- 
traire avec  la  pointe  d’une  épingle , pour  l’écraser  sur  l’oncle,  comme 
elles  écrasent  un  pou  ordinaire,  et  en  débarrasser  d’autant  leurs  petits 
en  fan  s. 

Dès  le  douzième  siècle,  Abynzoar  en  a fait  une  mention  spéciale. 

Au  dix-septième,  Moufet,  médecin  anglais,  a,  pour  ainsi  dire,  remis 
en  lumière  l’existence  de  ce  ciron,  en  la  faisant  passer  des  traditions 
populaires  dans  les  livres  de  thérapeutique.  A la  meme  époque,  Haupt- 
man  et  Hafenreffer  en  ont  fait  aussi  mention. 


Mais  la  première  figure  qui  en  ait  été  publiée  date  de  l’année  1682. 
On  la  trouve  dans  les  Actu  eruditorum  de  cette  année,  pag.  3i-, 
tab.  17,  fig.  EEE.  L’auteur  anonyme  de  cette  note  a dessiné  l’insecte 
d après  nature.  J’ai  eu  soin  de  reproduire  cette  figure  sur  la  planche  ■>. 
de  ce  mémoire  (fig.  5 ).  Cette  figure  est  moins  incorrecte  qu’informe* 
d est  facile  de  s’assurer  que  tout  s’y  trouve  dans  les  détails  et 


( ) 


que  tout  pêche  par  la  forme;  c/est  une  ébauche,  ou  plutôt  c’est  la  ca 
ricature  de  l’insecte  de  la  gale  ; mais  alors  on  ne  prenait  pas  mieux  le 
signalement  des  êtres  microscopiques;  c’était  déjà  beaucoup  que  d’en 
avoir  compté  les  poils  principaux;  et  ici  ils  se  trouvent  tous  avec  exac- 
titude, si  parmi  les  grands  poils  on  veut  compter  les  pattes. 

En  1687,  Joli.  Cosine  Bonomo  écrivit  à Redi , sur  ce  sujet,  une 
lettre  qui  a paru  en  1691  dans  les  Miscellanea  nat.  curiosorum.  Là, 
l’auteur,  qui  tenait  ses  premiers  renseignemens  d’Hyacinthe  Cestoni , 
donne  la  description  détaillée  et  la  figure  de  l’insecte  que  les  traditions 
populaires , ainsi  que  quelques  auteurs  anciens , signalaient  dans  les 
pustules  des  galeux.  L’auteur  décrivait  et  dessinait  cette  mite  d’après 
nature. 

Richard  Mead  ( Trans.  phil. , 1 703  ) et  Baker  (microseope  à la  portée 
de  tout  le  monde,  pi.  Xïll),  reproduisirent  les  figures  de  Bonomo. 
J’ai  eu  soin  de  les  reproduire  à mon  tour  sur  la  planche  ex  de  ce  mémoire 
(figure  ire).  Ces  figures  ne  sont  pas  brillantes;  mais  on  y observe  déjà 
un  plus  grand  nombre  de  détails,  qui , malgré  leur  incorrection,  décè- 
lent pourtant  une  observation  plus  suivie. 

A la  même  époque  que  Bonomo  et  Cestoni,  c’est-à-dire  en  169*  •„ 
Bonani  publia  la  description  et  la  figure  d’un  insecte  que  le  père  Baldi- 
giani  lui  écrivait  avoir  trouvé  dans  un  bouton  survenu  au  visage  d un 
élève  du  collège  des  jésuites  de  Rome , et  dont  il  lui  taisait  passer 
quatre  individus.  Cette  figure  est  la  même  que  celle  de  Bonomo  ( voyez 
la  même  planche  x de  notre  mémoire,  fig.  1 ). 

Les  grands  observateurs  du  Nord  , tels  que  Schwarmerdam  , 
Leeuwenhoek  et  Réaumur,  ne  nous  ont  laissé,  à cet  égard,  lien  qui 
nous  indique  que  cet  insecte  se  soit  jamais  présenté  à leurs  investiga- 
tions. 11  n’est  pas  étonnant  que  l’insecte  de  la  gale  ait  plus  spéciale- 
ment fixé  l’attention  des  auteurs  méridionaux;  car  la  gale  , beaucoup 
moins  commune  et  beaucoup  moins  intense,  enfin  beaucoup  moin^ 
populaire  dans  les  contrées  septentrionales  que  dans  le  midi  , a pu 
éehapper  totalement  à la  connaissance  de  nos  savans  de  cabinet. 


( " ) 

Linnæus  lui-même  n’a  base  ses  distinctions  spécifiques  que  sur  les 
figures  de  Bonomo , et,  comme  ce  dernier  avait  figuré  sur  la  même 
planche,  et  avec  la  même  incorrection,  l’insecte  de  la  gale  et  celui  de 
la  farine  , le  savant  Suédois  a été  induit  à réunir,  comme  variétés  de 
la  même  espece,  ces  deux  insectes,  dont  on  pourra  plus  bas  apprécier 
l’énorme  différence  spécifique. 

Cette  différence  n’échappa  point  à Degeer , qui  figura  à son  tour 
( Mèm.  pour  servir  à lliist.  des  insectes , tom.  7 , pl.  5.  ) et  l’in- 
secte de  la  farine  et  l’insecte  de  la  gale , avec  une  vérité  de  crayon  qui 
ne  laissait  plus  le  moindre  doute  sur  la  différence  générique  de  ces 
deux  cirons.  Voy.  la  pl.  2,  fig.  2 de  ce  mémoire. 

Enfin  en  1 791 , Wichman , médecin  de  Hanovre,  publia  à son  tour 
un  travail  spécial  sur  ce  sujet;  et  Goeze  vérifia  de  ses  propres  yeux 
les  assertions  et  les  figures  de  Wichman. 

En  France,  les  observateurs,  depuis  cette  époque,  furent,  ou  bien 
moins  favorisés  par  le  hasard , ou  bien  moins  habiles  et  moins  patiens, 
et  l’insecte  de  la  gale  échappa  long-temps  à leurs  recherches. 

Enfin  , en  181 ‘2,  un  élève  de  l’hôpital  Saint-Louis,  natif  du  dépar- 
tement de  la  Haute-Garonne,  se  livra  , sur  l’invitation  de  TV1 . Alibeit 
h des  recherches  sur  la  gale,  dont  il  consigna  les  résultats  dans  sa 
thèse.  M.J.  C.  Gales  (1)  annonça  avoir  trouvé  l’insecte  de  la  ealc:  il 

' ' . O / 

prit  à témoin  les  plus  grandes  célébrités  de  l’Institut  et  de  la  Faculté 
de  médecine  (2)  , qui  toutes  applaudirent  «à  son  succès  et  assurèrent 
avoir  vu  de  leurs  propres  yeux  cette  mite  sj  long-temps  perdue. 

L auteur  joignit  a son  mémoire  une  belle  planche  dessinée  par 


(t)  O11  a dit  que  le  choix  du  sujet  'a  traiter  naquit  d'une  plaisanterie,  d'un 
mauvais  calembour , en  sorte  que  si  l’auteur  ne  s’était  pas  appelé  Gales,  la 
science  eut  été  'a  l’abri  de  la  thèse  sur  la  gale.  Ces  mauvaises  plaisanteries  portent 
toujours  malheur. 

(2)  MM.  Leroux  , Base,  Olivier,  Latrcille , Duméril  , Pelletait  Thillaye 
Désormeaux,  R'clicrand,  Delaporte,  Aiibert  et  Dubois. 


( ) 


M.  Meunier,  habile  peintre  d’histoire  naturelle.  Le  scepticisme  ne 
trouvait  donc  plus  rien  à mordre  sur  un  faisceau  aussi  brillant  de  té- 
moignages compétens.  Depuis  celte  époque,  les  figures  de  M.  Gales 
étaient  devenues  classiques  : on  les  trouve  calquées  dans  les  ouvrages 
élémentaires  d’entomologie  et  dans  les  premières  éditions  de  l’ou- 
vrage do  M.  Alibert  sur  les  maladies  de  la  peau.  M.  Latreille,  auteur 
du  genre  sarcoptes,  les  cite  comme  des  figures  authentiques,  et 
M.  Lamark  , bien  loin  de  révoquer  en  doute  les  assertions  de  M.  Gales 
(. Anim . sans  vert.,  tom.  Y,  p.  57.  ),  a été  porté  à croire,  en  comparant 
les  figures  de  M.  Gales  et  celles  de  Degeer,  que  peut-être  la  gale  ren- 
fermait deux  espèces  d’insectes. 

Cependant  on  aurait  volontiers  été  enclin  à penser  que  l’art  de  rendre 
visible  ce  ciron , était  un  secret  dont  M.  Galès,  par  droit , je  ne  dirai  pas 
de  son  nom , mais  de  son  habileté , avait  conservé  la  possession  exclu- 
sive. Car , depuis  la  publication  de  sa  thèse  , bien  des  docteurs  de  Pa- 
ris firent  de  vains  efforts  pour  retrouver  et  étudier  de  leurs  propres 
yeux  l’insecte  des  galeux.  Cet  insuccès  de  la  part  des  maîtres,  dans  des 
recherches  où  un  écolier  avait  réussi  , ramena  l’incrédulité  dans  les  es- 
prits les  moins  difficiles;  et  M.  Lugol,  médecin  , comme  M.  Alibert , 
de  l’hôpital  Saint-Louis,  fit  annoncer  dans  la  Lancette  française  du 
28  juillet,  qu’il  donnerait  cent  e'cus  à l’élève  qui  parviendrait  à lui 
montrer  le  ciron  des  galeux.  Ce  n’était  pas  là  un  prix,  mais  un  pari; 
un  encouragement,  mais  un  défi;  un  doute  , mais  un  démenti  formel 
donné  à tous  les  auteurs  qui  soutiennent  avoir  vu  un  insecte  dans  la 
gale  humaine.  Une  polémique  s’engagea  à cet  égard  entre  les  élèves  de 
M.  Lugol  et  ceux  de  M.  Alibert,  et  elle  me  fournit  l’occasion  d’évaluer 
les  raisons  de  part  et  d’autre , et  de  me  livrer  à quelques  recherches 
originales  sur  ce  point  (1). 

J’examinai  minutieusement  au  microscope  le  produit  de  près  de 
deux  cents  pustules  qu’avait  la  complaisance  de  m’apporter , chaque 

(t)  Voy.  Annales  des  sciences  d’ observation,  tom.  II  . n°  3,  p.  446. 


( i3  ) 


jour  , entre  autres  élèves,  M.  Meynier , jeune  chirurgien  de  Ja  ma- 
rine. Je  ne  fus  pas  plus  heureux  que  les  autres.  Mais  je  me  gardai 
bien  d’en  conclure  qu’il  fallait  reléguer  dans  les  fables,  l’cxistcnce  de 

N 

Yacarus  des  galeux;  les  auteurs  qui  l’ont  figure  et  qui  assurent  l’avoir 
vu,  sont  des  auteurs  dont  la  bonne  foi  n’a  jamais  etc  suspectée,  et  qui 
en  outre,  pour  la  plupart,  nous  ont  laissé  un  assez  grand  nombre  de 
figures  dont  l’exactitude  est  constatée  par  le  témoignage  de  tous  les  ob- 
servateurs. J’attribuai  notre  insuccès,  ou  à l’influence  du  climat  de  Pa- 
ris , ou  à celle  des  médicaraens , ou  enfin  à notre  inexpérience  dans 
l’art  de  trouver  le  gîte  de  l’insecte. 

Cependant,  me  disais-je,  toutes  ces  causes  de  désappointement  exis- 
taient tout  aussi  bien , au  moins,  pour  M.  Gales  que  pour  nous.  Com- 
ment se  fait-il  donc  que  cet  élève  ait  trouvé , et  qu’il  ait  montré  tant  de 
fois  un  insecte  que  tant  de  maîtres  cherchent  depuis  lui  inutilement  ? 

La  comparaison  des  figures  des  auteurs  anciens,  avec  celles  de 
M.  Galès , me  mit  sur  la  voie  du  doute  qui  ne  tarda  pas  à s’éclaircir 
pour  moi , lorsque  j’eus  confronté  avec  les  figures , dessinées  par 
M.  Meunier,  de  l’insecte  que  M.  Galès  a fait  voir  à ces  messieurs,  l’in- 
secte du  fromage  ou  celui  de  la  farine;  car  ce  sont  les  memes.  Je  restai 
convaincu  que  M.  Galès  avait  mystifié  les  plus  grands  savans  de  la  ca- 
pitale, comme  jamais  on  n’a  mystifié  des  savans,  et  qu’au  lieu  de  Yaca- 
rus de  la  gale  de  l’homme , il  avait  été  assez  adroit  pour  leur  montrer 
1 acarus  du  fromage  gâté  ou  de  la  farine  échauffée.  Mais  je  soutenais 
qu  en  dépit  de  cette  mystification  , cet  insecte  se  retrouverait  avec  les 
formes  principales  de  la  figure  de  Degeer,  et  j’invitais,  surtout  les  ob- 
servateurs méridionaux  , à nous  en  envoyer  de  bonnes  figures. 

On  ne  m aurait  pas  cru,  si,  dans  un  travail  ex  -profosso , j’avais 
dévoilé  tout  à coup  une  mystification  aussi  éclatante.  Qui  aurait  con- 
senti à admettre  quo  nos  célébrités  entomologiqucs  se  fussent  laissé 
prendre  dans  les  faibles  filets  d’un  débutant?  pour  faire  croire  à la 
mystification  de  181*2,  il  me  vint  dans  l’esprit  de  la  reproduire  en 
1829,  et  je  fus  admirablement  bien  servi  en  ce  stratagème,  par  l’a- 


( »4  ) 


dresse  et  l’imperturbable  présence  d’esprit  de  mon  élève  M.  Meunier, 
qui,  je  me  hâte  de  le  dire,  possédait  des  talens  plus  positifs  que  ceux 
qu’il  mit  si  bien  à contribution  ce  jour-là  ; c’était  le  i septembre. 

M.  Meynier  annonça  à M.  Lugol  qu’il  venait  enfin  de  retrouver  l’in- 
secte de  la  gale,  et  qu’il  se  faisait  fort  de  le  montrer  publiquement; 
des  affaires  extraordinaires  empêchèrent  M.  Lugol  d’assister  à ces  ex- 
périences ; mais  elles  furent  faites  en  présence  d’un  assez  grand  con- 
cours d’assistans  , parmi  lesquels  on  comptait  MM.  J.  Cloquet , 
Bailly,  etc. 

Toutes  les  précautions  furent  prises  pour  que  l’impureté  de  l’eau 
n’induisît  personne  en  erreur.  Le  verre  sur  lequel  on  déposa  le  liquide 
des  pustules  galeuses , fut  placé  sur  le  porte-objet  du  microscope;  alors 
M.  Meynier  étend  du  doigt  le  liquide,  et  tous  les  assistans  se  récrient, 
en  regardant  au  microscope,  qu’enfin  l’insecte  de  la  gale  si  bien  figuré 
par  M.  Gales  était  retrouvé.  C’est  bien  celui  que  j’ai  vu  cent  fois, 
s’écria  M.  J.  Cloquet  ; et  chacun  de  dire,  M.  Lugol  a perdu  ses  cent 
écus.  Quand  l’effet  eut  été  produit,  nous  nous  hâtâmes  de  perdre  les 
cent  écus  avant  de  les  toucher,  de  faire  savoir  que  l'insecte,  vu  si  bien 
et  par  tant  de  personnes  à l’hôpital  Saint-Louis,  n’était  que  l’insecte  du 
fromage,  qu’à  l’insu  des  assistans  M.  Meynier  avait  placé  sur  le  por- 
te-objet en  agitant  le  liquide  avec  l’ongle;  car  c’est  là  que  le  mystifica- 
teur avait  niché  la  population  qui  pullule  dans  le  fromage. 

Je  profitai  de  la  disposition  des  esprits  pour  publier,  dans  les  Annales 
des  Sciences  d’ observation , la  dissertation  relative  au  ciron  de  la  gale. 

Les  conclusions  de  ce  travail  étaient  que  M.  Alibert  avait  tort  d’ad- 
mettre que  M.  Gales  avait  vu  et  fait  voir  l’insecte  de  la  gale,  et  que 
d’un  autre  côté  M.  Lugol  avait  tort  de  nier  l’existence  de  cet  insecte  , 
et  de  réduire  au  rang  des  fables  tout  ce  que  les  observateurs  les  plus  ha- 
biles et  les  plus  consciencieux  en  ont  écrit  et  figuré.  Pour  rendre  la 
double  démonstration  plus  complète,  je  joignis  à cette  dissertation  une 
planche  comparative  des  dessins  publiés  par  divers  auteurs,  parmi  les 


( i5  ) 

quels  je  n’oubliai  pas  le  beau  dessin  de  la  mystification  de  M.  Gales. 
Je  le  reproduis  ici,  pl.  2.  fig.  4- 

M.  Gales  garda  un  silence  que  rien  au  monde  n’a  pu  lui  faire  rom- 
pre depuis. 

Mais  ce  travail  mit  en  émoi  les  autorités  compromises , et  M.  Patrix 
se  chargea  du  soin  de  les  défendre.  Ce  médecin  lit  annoncer  par  la 
Lancette  française  une  séance  solennelle  à !’ Hôtel-Dieu , dans  la- 
quelle il  promettait  de  ressusciter  l’insecte  de  M.  Gales,  et  de  le  mon- 
trer aux  plus  incrédules.  Des  invitations  spéciales  furent  adressées  a 
MM.  Lugol,  Alibert , Duméril , Latreille;  et  je  ne  fus  pas  oublié  dans 
le  nombre. 

M.  Patrix  doutait  si  peu  du  succès  de  ses  recherches,  qu’il  fit  im- 
primer la  veille,  sous  forme  de  programme  , le  procès-verbal  futur  de 
la  séance  du  lendemain  , avec  ce  titre  : Extrait  de  V Iconographie  pa- 
thologique ; nouvelles  recherches  sur  V insecte  de  la  gale  humaine , 
commencées  à V Hôtel-Dieu  de  Paris  , dans  V amphithéâtre  de  la 
clinique  chirurgicale  de  M.  le  baron  Dupuylren , le  22  octobre 
1829;  par  E.  G.  Patrix.  Cet  extrait,  qui  n’a  jamais  paru  dans  Y Ico- 
nographie pathologique , ou  plutôt  ce  procès-verbal  par  anticipation , 
enfin  ce  programme  rédigé  au  passé,  fut  distribué  avec  profusion,  avant 
la  séance,  aux  nombreux  assistons. 

A 1 exception  de  MM.  Lugol , Alibert , Duméril , Latreille  et  Du- 
puytren  , tous  les  invités  s y rendirent.  Un  énorme  appareil  de  verres 
de  montie  chauffes  au  bain  de  sable  se  trouvait  disposé  dans  l’amphi- 
theatre , pour  recevoir  l’insecte  méridional,  pour  ainsi  dire,  en  serre 
chaude.  M.  Thillaye , le  témoin  micrographe  de  la  première  mystifi- 
cation d’après  M.  Galès,  fut  convoqué  par  M.  Patrix,  avec  son  beau 
microscope  de  la  faculté  ; et  M.  Dclètre,  sur  les  invitations  de  M.  Patrix, 
tenait  son  crayon  levé  sur  scs  tablettes  , pour  saisir  d’un  trait  cet  in- 
secte fugitif  à 1 instant  de  son  apparition.  Vaines  tentatives!  l’insecte 
ne  parut  pas,  quoique  les  galeux  se  prêtassent  de  fort  bonne  grâce  aux 
recherches  de  M.  Patrix. 


( 10  ) 

L’observateur,  un  peu  desappointé,  nous  convoqua  pour  la  séance  sui- 
vante ; mais  afin  de  ne  pas  renvoyer  l’assemblée  sans  avoir  obtenu  un 
résultat,  je  profitai  de  l’occasion  pour  placer  simultanément,  sous  les 
yeux  du  public,  et  les  dessins  de  M.  Gales  et  l’insecte  du  vieux  fro- 
mage que  les  marchands  du  voisinage  vendirent  pendant  quelques 
jours  plus  cher  que  le  fromage  frais.  L’identité  fut  constatée  par  tous 
ceux  qui  mirent  l’œil  au  microscope , et  personne  ne  douta  plus  de 
l’insuccès  de  la  séance  nouvelle  indiquée  par  M.  Patrix. 

A la  séance  suivante,  M.  Dupuytren  présida,  et  l’habileté  de  M.  Pa- 
trix resta  encore  stérile.  M.  Dupuytren  lui  fit  observer  qu’il  était  ur- 
gent de  changer  les  temps  des  verbes  du  programme  de  la  séance  pré- 
cédente; car  les  programmes  se  rédigent  au  futur  et  non  au  parfait; 
qu’enfin,  sans  cette  rectification,  ce  programme  serait  une  imposture. 
M.  Patrix  le  promit  ; je  pense  que  le  public  le  dispensa  de  remplir  sa 
promesse;  mais  , au  lieu  d’une  rectification  , M.  Patrix  continua  à dis- 
tribuer son  mémoire,  en  y ajoutant  la  planche  qu’il  avait  publiée  en 
1812  , de  l’insecte  de  M.  Gales  , dans  le  Dictionnaire  des  Sciences 
médicales.  Cette  planche  portait  en  titre  : Sarcopte  de  la  gale  hu- 
maine , trouvé  et  dessiné  par  M.  Patrix  le  26  mai  1812.  Or,  le 
faux  programme  portait  qu’on  l’avait  retrouvé  le  22  octobre  1829. 
Tout  cela  vous  paraîtra  bien  extraordinaire  ; mais  je  possède  les  pièces, 
et  j’en  donne  au  public  un  échantillon  sur  la  deuxième  planche,  fig.  6, 
où  j’ai  pris  soin  de  faire  calquer  deux  des  figures  de  1VI.  Patrix,  qui  m’a 
l’air  de  n’avoir  fait  lui-même  que  calquer  les  mauvaises  figures  de  Y insecte 
de  la  farine,  publiées  par  Bonomo  à côté  des  figures  de  l’insecte  de  la 
gale  sur  la  planche  des  Miscellanea  naturæ  curiosorum , 1G91 . 

Depuis  cette  époque,  la  justice  que  le  public  savant  accordait  aux  re- 
cherches de  MM.  Galès  et  Patrix , le  rendit  en  général  injuste  envers 
les  observateurs  anciens;  et  à cet  égard,  l’on  ne  crut  plus  à rien,  parce 
qu’on  avait  été  trompé  sur  une  chose  ; l’insecte  de  la  gale  n’existait 
plus,  parce  que  M.  Galès  avait  montré  l’insecte  du  fromage  ou  de  la 
farine. 


( 1 7 ) 

La  question  en  était  là,  lorsqu’on  i H3 1 , Aymé,  le  jardinier  d’ A Ifort, 
et  deux  élèves  de  cet  établissement,  m’adressèrent  des  débris  de  la  gale 
du  cheval,  qui  grouillaient  à la  vue  simple.  C’étaient  des  insectes  bien 
vivans,  que  je  me  hâtai  d’observer  au  microscope  et  de  dessiner  avec 
soin.  Il  est  inutile  de  faire  observer  que  ces  insectes  n’avaient  pas  le 
moindre  rapport  de  ressemblance  avec  les  figures  de  M.  Gales,  aux 
yeux  d’un  homme  exercé  à l’étude  des  corps  microscopiques.  Mais  par 
la  conformation  générale,  ils  se  rapprochaient  beaucoup  de  la  figure 
de  Degeer;  j’en  publiai  la  description  dans  la  Lancette  du  i5  août 
1 83 1 , et  je  l’ai  reproduite  dans  le  Nouveau  Système  de  chimie  mi- 
croscopique , pl.  io,  fig.  7,8,9,  i o , en  annonçant  que  l’on  retrou- 
verait sûrement  un  jour  celui  des  pustules  de  la  gale  humaine,  et  qu’on 
s’assurerait  de  l’exactitude  générale  du  croquis  de  Degeer. 

Mes  prévisions  se  sont  toutes  vérifiées,  et  je  ne  sais  encore  m’expli- 
quer comment  elles  ont  tant  tardé  à l’être;  car,  entre  autres  auteurs. 
Casai  nous  a laissé  une  espèce  d’itinéraire  de  l’insecte , qui  aurait  dû 
mettre  les  médecins  sur  les  traces  de  cet  animal.  En  effet,  a dit  cet  auteur, 
qui  les  avait  bien  des  fois  observés  dans  les  Asturies,  « l’insecte  s’engen- 
dre sous  l’épiderme;  on  l’appelle,  et  à juste  titre,  le  laboureur,  car 
il  laboure  la  peau  entre  le  derme  et  l’épiderme;  il  avance  à la  manière 
des  lapins , et  laisse  derrière  lui  son  terrier  en  forme  d’un  sillon  , qui 
est  très-visible  à un  œil  ordinaire,  lorsqu’il  est  éclairé  par  une  lumière 
assez  vive.  Dans  les  pays  des  Asturies,  il  n’est  pas  rare  de  trouver  des 
personnnes  qui  savent  extraire  ces  animalcules  avec  la  plus  grande  ha- 
bileté à la  pointe  d’une  aiguille  : elles  le  placent  sur  un  verre  poli  où 
on  le  voit  courir.  » 

Ce  que  Casai  a rapporté  des  Asturies  , on  l’observe  de  la  même  ma- 
nière dans  toutes  les  provinces  méridionales  de  l’Europe,  et  les 
bonnes  femmes  n’ont  pas  besoin  d’avoir  recours  à la  mystification  de 
M.  Galès,  pour  montrer  aux  curieux  l’insecte  qui  démange  la  peau  de 
leurs  nourrissons. 

M.  Renucci  eleve  en  médecine,  natif  de  la  Corse,  et  qui  avait  eu 


( 18  ) 

de  si  frequentes  occasions  de  remarquer  dans  cette  province  de  la 
France  ce  que  Casai  avait  observé  dans  les  Asturies , M.  Renucci  ap- 
prit avec  étonnement,  en  assistant  aux  cours  de  la  capitale  , que  l'exis- 
tence de  1 acarus  de  la  gale'donnait  heu  à une  polémique  assez  animée. 
Tl  se  mit  à examiner  les  galeux  de  la  capitale,  et  par  les  procédés  usi- 
tés dans  son  pays,  il  s'assura  que  cet  insecte  se  trouvait  à Paris  comme 
en  Corse.  Ses  indications  ont  été  si  positives , que  chaque  médecin 
peut  aujourd’hui  extraire  cet  acarus  avec  la  même  dextérité  que  les 
habitans  des  Asturies  , de  Corse  et  de  Naples.  Car,  au  bout  du  sillon 
dont  a parlé  Casai,  M.  Renucci  a fait  remarquer  un  point  blanc  qui , 
lorsqu’on  le  rencontre  , indique  infailliblement  la  présence  de  Y aca- 
rus ; on  n'a  alors  qu’à  plonger  au-dessous  de  ce  point  l’extrémité  d’une 
épingle,  à soulever  l’épiderme,  pour  emporter  l’insecte  au-dehors,  tout 
vivant  et  non  mutilé. 

Cette  révélation  de  M.  Renucci  réveilla  la  polémique  , et  ramena 
M.  Lugol  dans  l’arène.  M.  Renucci  eut  la  complaisance  de  m’inviter 
à lui  prêter  le  secours  de  mon  observation  pour  convaincre  les  plus  in- 
crédules • j’attachais  un  trop  grand  intérêt  à cette  question  pour  man- 
quer au  rendez-vous.  Le  premier  insecte  qu’on  nous  présenta  était  un 
insecte  mort  sur  le  verre  de  montre  depuis  un  jour.  Il  me  suffit  de  le 
voir  au  microscope  pour  assurer  à M.  Lugol  qu’il  avait  perdu  son 
pari  (i);  que  la  gale  seule  pouvait  avoir  produit  cet  insecte;  car  il  of- 
frait déjà  les  principaux  caractères  génériques  de  Y acarus  de  la  gale 
du  cheval  , et  il  rappelait , aussi  bien  qu’il  était  possible  de  le  désirer, 
la  figure  de  Degeer. 

On  ne  tarda  pas  à nous  en  apporter  de  vivans;  M.  Eméry  lui-même 
en  tira  un  individu  de  la  pustule  d’un  galeux , et  dès  ce  moment  tous 
les  doutes  furent  levés,  et  la  question  fut  décidée.  Depuis,  j’ai  eu  deux 
ou  trois  fois  occasion  de  prêter  le  faible  secours  de  mon  expérience  à 
de  nouvelles  recherches  faites  sur  les  indications  de  M.  Renucci,  et  il 


(t)  M.  Lugol  s’est  rendu  à l’évidence  de  la  meilleure  grâce  du  monde. 


C «9  ) 


n’est  pas  une  seule  notabilité  medicale  de  la  capitale,  je  pense,  qui 
n’ait  eu  occasion  de  se  former  sa  conviction  par  ses  propres  yeux.  C’est 
dans  ces  premières  séances  que  j’ai  démontré  les  différences  spécifiques 
qui  distinguent  V acarus  de  la  gale  de  l'homme,  de  Vacarus  de  la 
gale  du  cheval,  en  présentant  simultanément  les  figures  des  deux  es- 
pèces de  mites.  Tel  est  l’historique  de  la  question ; passons  à l’histoire 
naturelle  de  l’insecte. 


INSECTE  DE  LA  GALE  DE  L’HOMME. 

(PI.  I,  fig.  1-7.) 

Cet  insecte  est  blanc  à la  vue  simple  ; avec  de  bons  yeux  on  distingue 
sur  une  portion  de  sa  circonférence  quelques  points  bru  ns -rougeâtres. 
Il  n’est  pas  besoin  d’un  verre  grossissant  pour  le  voir  courir  sur  une 
surface  colorée.  11  a environ  un  demi-millimètre  en  diamètre. 

A la  simple  loupe,  on  peut  déjà  compter  ses  pattes , distinguer  son 
museau,  et  reconnaître  tous  les  détails  que  Degeer  a rendus  d’une  ma- 
nière si  vague , et  si  peu  en  harmonie  avec  les  notions  d’entomologie , 
parce  qu’il  paraît  que  Degeer  a cherché  à rendre  servilement  ce  qu’il 
voyait  à la  loupe  simple , et  sans  chercher  à l’évaluer  à de  plus  forts 
grossissemens.  Je  conseille  même,  en  procédant  à l’étude  de  cet  insecte, 
de  commencer  par  l’étudier  à la  simple  loupe;  on  obtient  ainsi  beau- 
coup plus  facilement  les  rapports  mutuels  des  organes  et  leurs  dimen- 
sions relatives.  Mais  pour  arriver  à l’exactitude  d’une  description  com- 
plète , il  faut  employer  ensuite  de  plus  forts  grossissemens , varier  le 
jeu  de  la  lumière  par  réflexion  et  par  réfraction , en  revenir  toujours  , 
pour  la  vérification,  au  microscope  simple,  qui,  dans  tous  les  cas, 
offre  à l’observateur  exercé  des  avantages  immenses  sur  les  meilleurs 
microscopes  composés,  en  ce  que,  sans  grossir  autant,  à la  vérité,  il 
n altère  jamais  l image  et  en  révèle  bien  des  détails  qui  se  perdent 


( 20  ) 


au  microscope  composé  ( voir  la  note  page  3i  ).  Croyezen  mon  expé- 
rience : j’ai  vu  à cet  egard  bien  des  désappointemens  et  bien  des  con- 
victions ébranlées. 

L’usage  des  réactifs  devient  encore  indispensable  pour  donner  à des 
organes  opaques  et  indéterminables  la  transparence  qui  seule  au  micros- 
cope permet  de  les  rendre  avec  vérité.  Ainsi  je  me  suis  servi  avec  suc- 
cès de  l’acide  acétique  concentré  pour  vérifier  la  disposition  des  points 
qu’on  observe  sur  le  dos  de  l’insecte.  Un  séjour  de  vingt-quatre  heu- 
res de  Cet  insecte  dans  ce  réactif,  emprisonné  dans  un  de  ces  appareils 
que  j’ai  désignés,  dans  ma  chimie  organique , sous  le  nom  de  porte- 
objets  à réactifs , suffit  pour  rendre  transparent  l’animal,  en  dissolvant 
une  grande  quantité  des  sucs  albumineux  qui  entrent  dans  son  organi- 
sation . 

Mais  c’est  surtout  à la  favçur  des  divers  mouvemens  que  fait  l’in- 
secte vivant,  qu’on  arrive  à découvrir  bien  des  choses;  et  cet  insecte 
vit  assez  long-temps  , quelquefois  jusqu’à  cinq  ou  six  jours. 

Lorsque  l’insecte  marche  et  qu’on  l’observe  de  champ  au  micros- 
cope (fig.  i,  pl.  i),  il  paraît  aplati;  et  dans  les  endroits  transparens  il 
offre  des  stries  courbes  et  parallèles  qui  lui  donnent  l’aspect  d’une 
écaille  de  poisson  vue  au  même  grossissement.  Ses  pattes  antérieures 
et  sa  tête  sont  susceptibles  de  se  cacher  sous  le  corps  en  se  courbant  en 
dessous , et  l’on  dirait  alors  que  ces  cinq  organes  sont  rentrés  dans  la 
carapace,  comme  le  font  les  membres  analogues  de  la  tortue.  Ce  qui 
favorise  ce  mouvement , c’est  la  conformation  de  la  surface  dorsale  de 
l’insecte  , qui  déborde  tout  le  corps , s’avance  comme  un  toit  sur  les 
pattes  antérieures  et  la  tête.  La  portion  postérieure  du  corps  de  cet 
animal  placé  dans  la  même  position,  offre  huit  poils  inégaux  graduelle- 
ment et  les  plus  courts  vers  l’anus.  Quatre  de  ces  poils  appartiennent 
aux  quatre  pattes  postérieures,  et  les  quatre  autres  sont  insérés,  deux 
de  chaque  côté  de  l’anus,  sur  quatre  petits  tubercules  qu’on  ne  distingue 
bien  qu’en  les  faisant  saillir  au  dehors  par  la  pression  de  la  pointe 
d’une  aiguille. 


( 21  ) 

Sur  le  disque  de  cette  surface  dorsale  on  distingue  un  système  de  points 
brillans  dont  j’ai  imité  la  disposition  et  presque  le  nombre,  en  les  comp- 
tant sur  un  individu  qui  avait  séjourné  dans  l’acide  acétique  concentré. 

Si  l’on  se  contentait  de  l’observation  sous  ce  jour,  on  serait  porté 
à regarder  l’insecte  comme  étant  aplati  , et  ces  points  comme  étant  de 
simples  petits  cercles.  Mais  on  se  détrompe  facilement,  en  observant 
l’animal  de  profil  (fig.  2,  pl.  1).  On  s’assure  alors  que  la  grande  tache 
blanche  du  centre  présente  une  grosse  bosse , que  la  surface  anté- 
rieure et  la  surface  postérieure  sont  bombées  également,  et  que  cha- 
cun de  ces  petits  cercles  du  dos  est  surmonté  d’un  poil  transparent 
inflexible.  Les  quatre  rangées  de  points  qui  descendent  vers  l’anus  et 
vers  la  tête  offrent  les  poils  les  plus  longs. 

Les  contours  du  corps  offrent  des  lobes  de  différentes  formes , selon 
les  raouvemens  de  l’animal  et  les  positions  qu’il  allecte.  J’ai  repré- 
senté celles  qui  se  présentent  le  plus  généralement.  Dans  l’acide  acé- 
tique concentré,  ces  contours  finissent  par  se  réduire  à la  forme  que  re- 
présente la  fig.  G,  pl.  i . Quant  aux  stries  dont  j’ai  parlé  plus  haut,  elles 
couvrent  toute  la  superficie  du  corps.  On  aurait  tort  de  croire  que  ce 
sont  de  simples  plis  de  la  peau  : c’est  un  vaste  réseau  cellulaire,  dont 
les  cellules  sont  linéaires  et  en  creux,  et  les  interstices  que  j’appelle 
vasculaires  sont  en  relief.  Ce  réseau  oppose  une  grande  résistance  aux 
instrumens  tranchans  j et  on  le  retrouve  sur  beaucoup  d’autres  animaux 
inférieurs,  tels  que  l’ascaris  vermicularis , ou  principalement  sur 
l’épiderme  d’une  foule  de  plantes.  Je  l’ai  représenté  fig.  3 , vu  et  ana- 
lysé à un  fort  grossissement.  La  résistance  dont  je  parle  est  si  forte 
qu’il  serait  difficile  à l’observateur,  avec  la  meilleure  volonté,  de  tuer 
l’insecte  avec  la  pointe  d’une  aiguille,  lorsqu’il  procède  à son  extrac- 
tion : car  il  m’est  très-difficile,  à la  loupe  et  à l’aide  de  mes  instrumens 
de  dissection,  de  parvenir  à l’écraser  et  à le  diviser;  il  glisse  et  bondit 
sous  l’instrument,  et  les  poils  raides  qui  hérissent  son  dos  ne  servent 
pas  peu  à compliquer  la  difficulté  de  son  anatomie.  On  sent  alors  que 
non -seulement  son  corps  jouit  d’une  certaine  dureté,  mais  que  scs  pat- 


( 2*2  ) 


tes  et  son  museau,  auxquels  la  réfraction  de  la  lumière  prête  une  dé- 
licatesse apparente  , en  les  rendant  diaphanes  , sont  écailleux  et  cornés, 
et  ne  ploient  pas  sous  l’instrument. 

Tel  est  l’aspect  général  et  détaillé  de  l’insecte,  observé  lorsqu’il  mar- 
che et  qu’il  présente  le  dos  à l’œil  de  l’observateur. 

Mais  lorsqu’on  le  renverse  sur  le  dos  pour  l’observer  sur  la  surface 
inférieure  de  son  corps  (fig.  5,  pl.  i),  son  organisation  se  complique 
et  demande  une  étude  plus  minutieuse.  On  voit  très-bien  alors  que  les 
quatre  pattes  antérieures  ( aaaa ) et  la  tête  (b)  sont  implantées  dans 
tout  autant  de  fourreaux,  dans  lesquels  cependant  il  leur  est  impossible 
de  rentrer.  Ces  fourreaux  forment  une  espèce  de  plastron  (e)  d’un  effet 
singulier. 

La  tête  est  insérée  dans  un  angle  dont  le  sommet  se  prolonge  sur  le 
thorax  en  une  ligne  d’un  rouge  doré.  Cette  tête  est  d’une  assez  grande 
simplicité,  purpurine  et  courbée  en  dessous  par  son  suçoir,  qui  ne  m’a 
paru  formé  d’aucun  système  visible  de  pièces  mandibulaires.  Dans  l’a- 
cide acétique,  on  observe  sur  ses  deux  côtés  deux  vésicules  transparen- 
tes (a)  qu’on  prendrait  volontiers  pour  les  deux  yeux  (fig.  7,  pl.  1 );  on 
observe  sur  la  nuque  deux  paires  de  gros  points  surmontés  chacun  d’un 
poil.  Ces  poils,  lorsqu’ils  dépassent  la  tête  courbée,  ont  l’air  d’être  iné- 
gaux, parce  que  deux  sont  insérés  sur  la  paire  postérieure  et  deux  sur 
la  paire  antérieure  (fig.  i,  pl.  1 ( c ) ). 

Les  bords  du  fourreau  des  deux  pattes  les  plus  voisines  de  la  tête  se 
prolongent  en  deux  lignes  rougeâtres,  et  se  rapprochent  jusqu’à  la  hau- 
teur de  la  ligne  qui  paît  du  cou  de  l’animal.  Les  bords  du  fourreau  des 
deux  autres  se  réunissent  en  lignes  rouges  à la  convexité  des  lignes  dont 
nous  venons  de  parler  -,  sorte  de  travail  qui  imite  une  espèce  d’évan- 
tail.  Les  pattes  se  composent  de  quatre  articulations  et  d’une  pièce  ba- 
silaire oblique,  qui  offre  comme  un  triangle  dont  l’hypothénuse  est 
tournée  du  côté  de  la  partie  postérieure  du  coips.  Chacune  de  ces  arti- 
culations est  hérissée  de  poils  dont  on  n’aperçoit  que  ceux  qui  se  pla- 
cent sur  le  côté.  La  dernière  articulation  est  hérissée  de  piquans  très- 


( *i3  ) 


courts,  et  a nu  ce  en  dessous  d’un  poil  raide  qui  est  terminé  par  un 
évasement  flexible  et  susceptible  de  faire  le  vide,  comme  les  pelottes 
visqueuses  de  certains  animaux  supérieurs , tels  que  les  rainettes.  Ces 
pelottes  lui  servent,  en  s’appliquant  contie  les  surfaces,  à se  fixer  sur 
tous  les  plans.  Les  articulations  sont  peu  distinctes,  et  il  faut  de  lon- 
gues observations  pour  les  compter.  Ces  cinq  membres  antérieurs  sont 
recouverts  à moitié,  comme  je  l’ai  dit  plus  haut,  par  la  saillie  de  la 
surface  dorsale  du  corps. 

Sur  le  ventre,  on  aperçoit  deux  paires  d’autres  organes,  que  Degeer 
a rendus  grotesquement  par  quatre  poils  enfles  vers  leur  base  et  atta- 
chés au  ventre.  Ces  quatre  prétendus  poils  sont  les  quatre  jambes  posté- 
rieures, qui , quoique  plus  courtes  de  beaucoup  que  les  antérieures, 
possèdent  la  même  organisation  principale;  seulement  elles  sont  privées 
de  l’appareil  propre  à la  marche  que  je  désignerai  sous  le  nom  d’^m- 
bulacrum.  A part  cette  légère  circonstance,  on  y retrouve  tout  ce  qu’on 
a observé  sur  les  pattes  antérieures,  i°  la  ligne  rougeâtre  (f)  qui 
borde  le  fourreau  , l’ouverture  du  fourreau  ( g),  l’hypothénuse  ( i)  et 
les  quatre  articulations.  Ici  les  ambulacruni  sont  remplacés  par  des 
poils  très-longs.  En  tout , celles  de  ces  pattes  postérieures  qui  se  trou- 
vent les  plus  voisines  de  la  tête  sont  plus  développées  que  les  deux 
postérieures.  Quand  on  observe  à la  loupe,  ce  système  de  pattes  rap- 
pelle très-bien  la  figure  de  Degeer,  et  la  ligne  rouge  qui  borde  le  four- 
reau semble  être  un  poil  qui  s’enfle  en  une  vésicule  rouge  à la  région 

de  la  patte  , et  s’effile  en  poil  blanc  au  sommet  de  la  vésicule. 

0 

L anus  est  tantôt  saillant  et  tantôt  caché;  mais  pour  le  rendre  très- 
sensible  à la  vue,  on  n’a  qu’à  laisser  dessécher  l’insecte;  alors  le  derme 
reste  avec  sa  forme  , à cause  de  sa  dureté;  l’abdomen  se  retire,  et  la 
direction  de  l’anus  se  dessine  à travers  la  transparence  du  derme  , 
comme  le  montre  la  fig.  4,  pl.  a. 

La  couleur  extérieure  de  cet  animal  est  d’un  blanc  de  neige , à part 
les  pattes  et  le  museau;  mais  si  on  1 observe  par  réfraction  , il  paraît 
jaune , ainsi  que  tous  les  tissus  blancs  des  animaux;  ce  qui  provient  de 


( H ) 

la  décomposition  des  rayons  lumineux  qui  traversent  la  substance  orga- 
nique , décomposition  en  vertu  de  laquelle  les  rayons  les  moins  re'fran- 
gibles,  tels  que  le  jaune,  arrivent  seuls  à l’objectif. 

Quoique  les  poils  des  membres  antérieurs  de  cet  insecte  soient  dirigés 
en  avant , on  conçoit  qu’ayant  la  faculté  de  replier  ses  pattes  et  son  mu- 
seau en  dessous , ces  poils  ne  forment  aucun  obstacle  à sa  marche  lors- 
qu’il fouille  la  peau.  Mais  ce  qui  lui  rend  ce  travail  facile,  c’est  la 
présence  des  papilles  si  dures  qui  hérissent  son  dos,  et  qui,  dirigées  en 
arrière,  servent  à opérer  une  résistance  en  arrière,  et  à rendre  le  recul 
impossible;  surtout  c’est  la  dureté  écailleuse  de  l’enveloppe  externe 
qui  lui  forme  comme  une  espèce  de  carapace  de  tortue.  Il  me  semble 
avoir  observé  que  la  surface  ventrale  est  striée  comme  la  surface  dorsale. 


INSECTE  DE  LA  GALE  DU  CHEVAL. 

(PI.  II,  % 3.) 


Cet  insecte  a les  plus  grands  rapports  d’organisation  avec  celui  de 
la  gale  de  l’homme;  et  les  différences  qu’il  présente  sont  de  la  nature 
de  celles  qui  constituent , en  histoire  naturelle , une  espèce  et  non  un 
genre.  Elles  nous  autorisent  à penser  que  l’espèce  de  ces  parasites  va- 
rie avec  l’espèce  d’animal  galeux , et  qu’en  conséquence  le  mouton 
galeux  doit  offrir  un  acarus  différent  de  celui  du  bouc,  etc. 

Les  trois  différences  principales  de  Yaçarus  du  cheval  galeux  se 
trouvent  dans  les  dimensions  et  l’insertion  des  quatre  pattes  postérieures, 
dans  la  présence  des  ambulacrum  sur  les  huit  pattes , et  enfin  dans 
les  deux  articulations  de  ces  ambulacrum , tandis  que  ceux  de  l’in- 
secte de  l’ homme  ont  la  tige  simple  et  inflexible. 

Sous  le  rapport  des  dimensions  du  corps,  de  sa  couleur  blanc  de 


( *5  ; 

neige,  et  de  la  couleur  purpurine  des  pattes  et  du  museau’,  l’insecte  du 
cheval  ne  diffère  pas  de  celui  de  l’homme.  La  femelle  a un  seizième  de 
ligne  en  longueur , et  un  dix  -septième  en  largeur.  Le  mâle  est  plus  pe- 
tit et  je  crois  d’une  conformation  extérieure  un  peu  differente.  Le 
corps  de  l’animal  forme  moins  l’ecaille  de  tortue  que  celui  de  la,  gal^ 
de  l’homme,  et  les  stries  du  dos  sont  moins  apparentes.  Les  articula- 
tions des  pattes  sont  plus  faciles  à compter  que  sur  ce  dernier.  L’extré- 
mité des  tarses  est  terminée  par  deux  longs  poils.  Les  deux  paires  de 
pattes  postérieures  sont  très-longues,  inégales  comme  dans  l’acarus  de 
l’homme,  insérées  non  sur  le  ventre , mais  sur  les  côtés  du  corps.  L’a- 
nus est  placé  entrequatre  poils,  qui  s’insèrent  deux  par  deux  sur  un  tuber- 
cule placé  de  chaque  côté  de  cet  organe.  Pour  le  plastron  ( fig.  3,  pl.  2, 
a.  ) l’insecte  du  chevaldiffère  encore  essentiellement  de  celui  de  la  gale  de 
l’homme.  Sur  la  figure  , les  pattes  sont  un  peu  trop  allongées  ; j’ai  voulu 
rendre  visibles  beaucoup  de  détails  qu’on  n’aurait  pas  aperçus  sans  cela. 

Dans  le  cours  des  observations  que  j’ai  eu  occasion  de  faire  sur  ces 
insectes,  il  m’est  souvent  arrivé  de  les  surprendre  accouplés  , et  ils  te- 
naient alors  anus  contre  anus,  les  pattes  postérieures  cachées  sous  le 

ventre , et  peut-être  leur  servant  à se  retenir  mutuellement  dans  l’acte 
de  la  copulation. 


INSECTE  DE  LA  FARINE  ET  DU  FROMAGE  , ET  DIFFÉRENCES 
GÉNÉRALES  QUI  LE  DISTINGUENT  DES  INSECTES  DE  LA  GALE. 

( Pl.  II  , flg.  4.  ) 


Cet  animal  est  blanc  de  neige  comme  les  deux  pre'cédcns,  il  a le  mu- 
seau et  les  pattes  purpurines  comme  eux  ; mais  il  est  ovoïde  et  non  ar- 
rondi, comme  les  premiers;  son  museau  est  différemment  conformé  ; 


( ) 

enfin  l’insertion  des  pattes  et  leur  conformation  ne  permettent  pas  de 
le  rapprocher  même  génériquement  de  Vacants  de  la  gale. 

Les  pattes  sont  toutes  insérées  autour  d’un  petit  plastron  ovale  placé 
sur  le  milieu  du  thorax.  On  distingue  sur  le  dos  un  corselet  comme  sur  la 
plupart  des  insectes.  Ses  pattes  ne  sont  pas  terminées  par  ce  tarse 
en  pelotte  , que  j’ai  appelé  ambulacrum.  Dans  le  jeune  âge,  ces  insec- 
tes n’ont  que  six  pattes*  les  deux  postérieures  leur  poussent  en  vieil- 
lissant. J’ignore  si  le  même  phénomène  a lieu  chez  l’insecte  de  la 
gale  : je  n’ai  jamais  eu  occasion  de  rencontrer  des  individus  privés 
d’une  paire  de  pattes*  et  si  l’on  veut  faire  attention  à l’organisation  de 
l’insecte  de  la  gale , on  sera  porté  , comme  moi,  à penser  qu’ils  nais- 
sent avec  leur  huit  pattes  ; car  le  système  des  pattes  postérieures  est 
tellement  lié  et  indivisible , qu’il  ne  pourrait  disparaître  par  moitié , 
et,  en  disparaissant  tout  entier,  l’insecte  naîtrait  avec  quatre  pattes  seu- 
lement , ce  qui  serait  contraire  à l’analogie. 

Ces  considérations  nécessitent  la  séparation  en  deux  genres  des  pa- 
rasites du  fromage  et  de  la  farine  d’un  côté , et  de  l’insecte  de  la  gale 
de  l’autre  ; en  sorte  que  le  premier  resterait  dans  le  genre  mite  ( acarus ) 
de  Lamark,  et  le  second  dans  celui  du  sarcoptes  de  M.  Latreille,  avec 
les  caractères  suivans  : 


Mite  {acarus). 

Corpus  ovatuin  læve , thorace  distincto.  Pedes  primo  sex  dein  octo 
sub  thorace  et  circa  tuberculum  ovatum  inserti  * ambulacris  orbati. 
Species ; acarus  siro , mite  de  la  farine  ou  du  fromage,  fig.  [\>  pl.  2. 

Insecte  de  la  gale  {sarcoptes). 

Corpus  subrotundum  utrinque  quasi  compressum,  testudiniforme , 
albidum,  striatum  , supra  dorsum  papillis  rigidis  hirtum.  Pedes  oeto, 
quatuor  anteriores  circa  caput  dispositi , et  quasi  palinati,  quatuor  pos- 
tici  distantes,  et  saltcm  quatuor  anteriores  ambulacris  præditi. 


SPECIES. 


Sarcoptes  hominis  (fig.  1—7,  pl.  1 ) , sarcopte  de  l’homme. 

Pedibus  posticis  ventri  adfixis,  multo  brevioribus,  et  ambulacrorum 
expertibus,  ambulacro  siinplici. 

Sarcoptes  equi,  sarcopte  du  cheval  (fig.  3,  pl.  2). 

Pedibus  posticis  lateribus  adfixis  , longioribus  , cylindricis  , ambu- 
lacrorum non  expertibus  , ambulacro  biarticulato. 

N.  B.  On  trouvera  sans  doute  plus  tard  que  chaque  espèce  d’animal 
galeux  est  dévore  par  une  espèce  differente  de  ces  insectes. 


RAPPORT  DES  FIGURES  PUBLIÉES  PAR  LES  AUTEURS  ENTRE 
ELLES  , ET  EXPLICATION  DES  PLANCHES  1 ET  2. 

Les  considérations  précédentes  suffiront  amplement  pour  mettre  les 
auteurs  à même  de  juger  que,  malgré  leur  incorrection  , les  figures  des 
premiers  observateurs  rappellent  l’aspect  général  de  l’insecte,  et  même 
le  nombre  de  ses  organes  principaux  • on  avouera  qu’elles  n’ont  pu  être 
dessinées  que  l’insecte  sous  les  yeux. 

PLANCHE  I. 

Fig.  i et  suivantes.  Insecte  de  la  gale  de  l’homme  vu  à un  grossis- 
sement de  100  fois.  — hig.  i.  L’insecte  vu  par  le  dos. 

Fig.  2.  Vu  de  profil,  pour  montrer  les  papilles  rigides  dont  les  bos- 
ses du  dos  sont  hérissées. 

Fig.  3.  Stries  qui  présentent,  sur  toute  la  surface  de  son  corps, 
une  si  grande  résistance. 

fig.  4.  Extrémité  desséchée  de  l’insecte,  pour  en  montrer  l’anus. 


( 28  ) 

Fig.  5.  Insecte  vu  par  le  ventre.  Comparez  cette  figure  avec  la 
fig.  2 de  Degeer  : l’identité  est  complète. 

Fig.  6.  Carapace  de  l’insecte,  vu  plongé  dans  l’acide  acétique. 

Fig.  7.  Tête  de  l’insecte  plongé  dans  l’acide  acétique;  les  deux  trans- 
parens  latéraux  semblent  en  être  les  yeux. 

PLANCHE  II. 

Fig.  1 . Insecte  figuré  par  Bonomo  ; l’auteur  a représenté  à la  fig.  b 
ces  bosses  que  nous  avons  eu  occasion  de  remarquer  sur  le  dos  de  l’in- 
secte ; si  on  ne  compte  pas  trop  rigoureusement  les  appendices  dont  le 
corps  est  entouré , on  ne  peut  nier  un  instant  que  l’auteur  s’est  rap- 
proché beaucoup  de  la  nature. 

La  fig.  2 est  celle  de  Degeer  ; c’est  une  ébauche  pleine  de  vérité. 
La  figure  a été  faite  à la  loupe. 

Fig.  3.  Insecte  de  la  gale  du  cheval  vu  sur  le  ventre  à un  grossis- 
sement de  100  fois. 

Fig.  4.  Insecte  du  fromage  et  de  la  farine,  que  M.  Gales  a fait  pas- 
ser pendant  18  ans  pour  l’insecte  de  la  gale.  Cette  figure  a été  très-ha- 
bilement dessinée  par  le  peintre  de  M.  Galès. 

Fig.  5.  C’est  la  figure  tirée  des  actes  des  érudits.  Le  corps  a été  tracé 
à la  hâte;  mais  le  nombre  des  organes  y est  exact , et  l’animal  s’offre  sou- 
vent sous  un  jour  qui  représente  très-bien  cette  figure,  ainsique  celle 
de  Bonomo. 

Fig.  6.  Insecte  horriblement  mal  dessiné , ou  peut-être  calqué  par 
M.  Patrix  sur  de  très-mauvaises  figures  de  l’insecte  du  fromage  pu- 
bliées par  Cestoni,  pl.  1 . 


( 5-9  ) 


L’INSECTE  EST-IL  LE  PARASITE  OU  L’ARTISAN  DE  LA  GALE  ? 


La  question  a changé  totalement  de  l'ace  , depuis  qu’il  a été  démon- 
tré que  l’insecte  existe  dans  la  gale  de  nos  hôpitaux , comme  dans  la 
gale  des  contrées  méridionales,  et  que  si,  jusqu’à  ce  jour  , on  ne  l’a  pas 
trouvé,  c’est  parce  qu’on  l’avait  mal  cherché. 

Pour  décider  la  question  , il  faut  donc  reprendre  les  expériences  d’a- 
près une  nouvelle  méthode. 

Si  le  sillon  que  Casai  appelle  le  cuniculus  et  qui  est  l’ouvrage  de  cet 
insecte  fouisseur,  se  rencontre  auprès  de  chaque  pustule,  alors  meme 
que  l’insecte  ne  s’y  retrouverait  pas,  ce  serait  déjà  une  grande  probabi- 
lité pour  croire  que  la  pustule  est  l’effet  de  ce  travail  de  l’insecte.  Les 
pustules  galeuses  seraient  alors  des  élaborations  anormales  déterminées 
par  la  présence  et  la  succion  d’un  insecte,  qui  désorganiserait  le  tissu 
en  s’en  nourrissant  • phénomène  qu’on  a tant  d’occasion  de  remarquer 
sous  l’épiderme  des  plantes  , où  la  présence  et  le  développement  d’un 
insecte  microscopique  déterminent  la  formation  d’excroissances  dont 
les  caractères  sont  constans  , et  dont  les  effets  sont  toujours  identiques. 
Ce  qui  viendrait  à l’appui  de  cette  opinion  , c’est  qu’on  ne  trouve  jamais 
1 insecte  de  la  gale  dans  la  pustule,  qu’il  paraît  même  mourir  quand 
on  le  plonge  dans  le  pus  qu’on  en  retire;  en  sorte  que  la  pustule  doit 
être  non  l’objet  de  sa  friandise,  mais  l’effet  de  son  travail  sous-cutané. 

Ï1  est  nécessaire  que  le  médecin  , placé  pour  ce  genre  d’observations 
plus  convenablement  que  le  naturaliste,  se  mette  à la  recherche  de 
tout  ce  qui,  sur  l’épiderme,  porterait  le  caractère  d’un  sillon  , et  qu’il 
assiste  chaque  jour,  après  avoir  bien  noté  la  localité,  aux  conséquen- 
ces de  ce  travail  de  l’insecte  : si  la  pustule  se  forme  toujours  consécu- 
tivement au  sillon , et  que  le  sillon  ne  se  forme  jamais  après  la 


( 3o  ) 

pustule,  il  deviendra  évident  que  la  gale  est  le  produit  et  non  l’appât 
du  sarcopte. 

On  a essaye'  l’inoculation  de  la  gale  par  le  pus  de  la  pustule;  ce 
moyen  n’a  jamais  donné  la  gale  à personne.  M.  Gras,  de  l’hôpital 
Saint-Louis , vient  d’essayer  de  se  donner  la  gale  en  se  fixant  sur  la 
peau  un  de  ces  insectes  , au  moyen  d’un  verre  de  montre , sous  lequel 
il  le  tient  emprisonné.  Il  a observé  que  l’insecte  s’était  tracé  un  sil- 
lon , et  qu’au  bout  de  chaque  sillon  il  s’est  formé  une  pustule.  Cepen- 
dant, tout  en  admettant  que  l’insecte  de  la  gale  soit  l’artisan  de 
cette  maladie  cutanée , il  faudra  bien  admettre  que  toutes  les  peaux 
ne  seront  pas  dans  une  disposition  telle  que  l’insecte  soit  porté  à 
y faire  son  travail.  Vous  aurhz  beau  couvrir  certains  rosiers  par  le 
puceron  qui  en  dévore  tant  d’autres,  le  puceron  n’y  resterait  pas 
long-temps;  il  faut  qu’il  rencontre  dans  les  tissus  une  qualité  qui 
convienne  aux  besoins  de  sa  friandise , ou  plutôt  à ceux  de  sa  nutrition. 

J’ai  eul’occasion,  dans  le  cours  de  ces  recherches,  d’examiner  chimi- 
quement les  sels  que  cet  animal  abandonne  à l’eau  distillée  dans  laquelle 
on  l’observe.  Il  reste  sur  le  porte-objet  des  cubes  déliquescens  et 
entourés  d’un  liquide  difficile  à s’évaporer.  Ces  cubes  m’ont  paru  être 
du  sel  marin  ; car  ils  se  dissolvent  dans  l’eau  , sans  effervescence  dans 
l’acide  hydrochlorique , et  avec  la  plus  vive  effervescence  dans  l’acide 
sulfurique  concentré.  Quant  au  liquide  déliquescent,  il  provient  d’une 
autre  substance  que  je  n’ai  pu  déterminer. 

J’ai  dit,  dans  mon  nouveau  Système  de  chimie  organique , que 
l’étude  du  pus  et  des  produits  animaux  de  la  décomposition  des  solides 
et  des  liquides  devrait  désormais  se  diriger,  non  vers  les  globules 
qu’on  y rencontre,  globules  qui  n’en  sont  que  des  accidens,  mais  vers 
la  connaissance  des  sels  qui  les  distinguent , et  parmi  lesquels  les  sels 
à base  d’ammoniaque  et  peut-être  les  hydrocyanates  jouent  un  très-grand 
rôle.  Mes  recherches  ultérieures  me  confirment  de  plus  en  plus  dans 
cette  opinion  , et  je  ne  saurais  trop  inviter  les  médecins  à entrer  dans 
cette  voie  nouvelle  d’investigations  organiques. 


Enfin,  s’il  devenait  probable  que  la  gale  est  le  produit  de  l’insecte, 
il  serait  rationnel  d’employer,  dans  les  médications,  l’action  du  camphre, 
qui  jouit  de  la  propriété  d’empoisonner  les  mites  ou  de  les  éloigner. 

La  figure  qui  a paru  dans  le  petit  journal  dont  nous  avons  parlé  dans  l'aver- 
tissement (le  Journal  des  Connaissances  médicales  du  1 5 septembre  1834  ) , 
a été  faite,  d’après  nos  premières  indications,  à la  chambre  obscure  de  M.  Ch. 
Chevalier,  j’indique,  pag.  19  de  ce  mémoire,  la  cause  de  l’inexactitude  et  de 
V incorrection  du  dessin. 


.. 


• : 


Planche  / . 


T/icrapeulîijiie , 'Htm.  / H p<\i/c  . 


a 


4 


Jha-ecfe  i/o  fa  <j, i/o  ,/,■  l'Aonuno 
rolroano  à Pm-i.r  on  ,33+  . 


Jiu/l  i/c  ÏZt-rnf>. 


' • - . •>,  /‘a/u/c.i-  i/rti.r.ri<:r,’.r  niai.i-  aal/ionlnjao.i-  i/o  /',. 
4 . (\  EBW/w  i/o  / Y/i. roc/c  t/n  p-onuftje  .ra/i.rlilnè  a /'nu 


,1'cclu  i/o  /a 
c/e  i/o  fat/a/o 


i/o  /'/ommo  f)uffioe.r  f>ar  /o<r premier.!-  ttüje 
J/Jf-  Ga/Jj-  et  Pa/n.i-  J fru-ooto  ïf,t  c/eoaf  ■ 


/ I 


■ /»- 


. 


■ 


V.  V 


I 


'>  \ 


^ • 


* i/ 


J ’ 


» . 


‘ 5 


/ 


' 


A, 


ît 


. 


' < 


v . *h 


y X 

- J r 


' 


** 


v. 


'i  * 


> 


* 

• A V'i 


X 


. i 


V 


v / 


< 


% 


I 


ilSÉ